Les règles de prévention en cas d’expatriation

Depuis plusieurs années, les groupes internationaux désirant expatrier leur personnel dans des pays dits sensibles, sont confrontés à la nécessité de mettre en place des plans d’action de crise pour gérer les risques en local.

Les risques sont nombreux, qu’il s’agisse de pirateries, de kidnapping, d’attentats, ou d’évacuations massives en cas de problème politique en local.

La meilleure façon de s’en prémunir est de les prévoir et d’organiser une logistique précise sur la conduite à tenir en cas de problème. Les personnels expatriés peuvent représenter une cible de « choix » et permettre d’effectuer des pressions tant vis-à-vis des entreprises qui les emploient, que vis-à-vis des gouvernements dont ils sont ressortissants.

Dans certains pays, on tiendra compte notamment de l’aspect culturel et religieux, en formant les expatriés au respect d’une certain code de conduite à tenir par exemple éviter les signes ostentatoires religieux, éviter les contacts avec les autochtones, en particulier entre personnes de sexes différents n’appartenant pas à sa propre famille, éviter de discuter de problèmes politiques en public et en dehors du cercle familial etc… Mais également où ne pas se rendre, quels itinéraires ne pas emprunter ou encore quels sont les horaires à éviter pour des sorties.

Tous ces aspects doivent être enseignés aux collaborateurs expatriés et à leur famille afin de limiter les risques.

Le Responsable sécurité d’une filiale africaine d’un grand groupe pétrolier a accepté de témoigner de son expérience et de certaines des mesures mises en place au sein de son entreprise.

 

Question : Avez-vous déjà été confronté à une gestion de crise ?

Réponse : Oui il y a quelques années où il a fallu organiser l’évacuation de nos collaborateurs internationaux suite à une rébellion locale.

 

Q : Au sein de votre groupe, formez vous et de quelle manière, les expatriés à la gestion de crise dans leur futur environnement ?

R : Au sein de notre groupe nous avions déjà mis en place une formation interne sur site des collaborateurs, pour leur permettre d’appréhender les situations à risques et d’adopter les bons réflexes. Ces formations sont réalisées par des formateurs internes à l’entreprise et qui ont pour mission de former à leur tour le staff local. Nous nous appuyons notamment sur une structure de formation à la gestion de risques basée à Londres.

 

Q : Que revêt ce type de formation ?

R : Une notion globale  sur la gestion de crise, de la remontée d’information sur la crise, de la mobilisation de l’équipe de crise, jusqu’au rôle de la dite équipe.

Nous informons les expatriés des moyens de communication à leur disposition, des coordonnées des chefs d’îlots chargés de véhiculer l’information auprès d’un groupe identifié d’expatriés. Ces chefs d’îlot peuvent également communiquer avec les services d’ambassade des ressortissants expatriés.

 

Q : Quelles sont les premières mesures que vous organisez pour vos expatriés en amont de toute crise déclarée :

R : Tout d’abord l’immatriculation auprès de leur ambassade respective, et la remise d’un guide « maison » sur les différentes conduites à tenir en fonction des différents types de crise identifiés, les personnes internes à contacter, les interlocuteurs référents appartenant au personnel local et qui auront pour mission de les informer du déroulement des opérations et de coordonner si nécessaire leur évacuation.

 

Q : La crise que vous avez vécu a-t-elle permis d’améliorer la politique de prévention mise en place dans votre entreprise  et de la valider ?

R : Oui tout a fait. Nous avons pu organiser un plan d’évacuation local et régional avec une check- list des actions à mener ainsi qu’un annuaire des contacts téléphoniques appropriés.

Q : Quels seraient vos conseils à destination d’autres RRH et DRH confrontés à une telle problématique ?

R : Tout d’abord avoir une organisation en place, c’est-à-dire un plan de gestion de crise régulièrement mis à jour, couplé à un plan d’évacuation, et procéder à des exercices de crise une fois par mois.

  • Disposer d’un aide-mémoire précis pour ne rien oublier. Vérifier que le système d’îlots fonctionne.
  • S’assurer que les expatriés et leur famille disposent en permanence d’un passeport valide, visa, carnet de vaccination (et en conserver une copie en interne) et d’un sac d’urgence en cas d’évacuation immédiate. En cas de crise, il faut aller très vite.
  • Communiquer aux expatriés les lieux de rassemblement prédéfinis.
  • Coopter des hôtels pouvant héberger des expatriés menacés à leur domicile, ainsi que des agences de voyage pouvant émettre des billets d’avion sur simple notification.
  • Disposer de suffisamment de « cash » pour l’achat des billets et pour assurer la prise en charge des expatriés pendant les premiers jours suivant l’évacuation.
  • Mettre en place une équipe de sécurité pour protéger des pillages à la fois les locaux de l’entreprise et les résidences des expatriés.

Isabelle LAISNE-HENEINE

Transfer Relocation & Services

(Source : comité éditorial Verspieren benefits, Experts de la protection sociale à l’étranger)