Paroles d’expatriés : les frontaliers travaillant en Suisse craignent pour leurs emplois

En février dernier, suite à un référendum, la population suisse a dit oui à la limitation de l’immigration de masse. De ce fait, les frontaliers français travaillant en Suisse craignent pour leurs emplois. Le Groupement transfrontalier européen (GTE), qui revendique 36 000 adhérents, a immédiatement réagi en « regrettant profondément » cette décision. « La Suisse vient d’envoyer un message négatif aux étrangers et aux frontaliers ». En effet, ce vote remet en cause le statut des 1,8 millions d’étrangers établis en Suisse. L’initiative, votée à 50,3 %, demande que « le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse [soit] limité par des plafonds et des contingents annuels ». Le texte ajoute que les plafonds et les contingents, « dans le respect de la préférence nationale, doivent inclure les frontaliers ». Aux 140 000 Français résidant en Suisse, il faut donc ajouter les 145 000 frontaliers habitant la Haute-Savoie, l’Ain, le Jura, le Doubs ou le Haut-Rhin.

« Il y a beaucoup d’inquiétude, sur l’emploi, mais aussi sur la protection sociale », résume Laurence Coudière, chargée de la communication du GTE, « les transfrontaliers veulent savoir quelles seront désormais les conditions d’accès au chômage, à l’assurance maladie, à la retraite, à l’invalidité ». Les questions portent également sur la reconnaissance des diplômes universitaires, ainsi que sur les modalités d’obtention des permis de travail. « Les frontaliers se demandent aussi s’ils ne vont pas être licenciés », rapporte encore Laurence Coudière.

« Avec la préférence cantonale, on demandera aux employeurs suisses de justifier qu’ils ont fait des recherches préalables sur le territoire, poursuit-elle, et des autorisations de travail, qui n’étaient jusqu’à présent qu’une formalité remplie en trois semaines, devraient passer devant une commission et être renouvelées régulièrement. »

L’un des effets de cette loi est qu’elle pourrait remettre en cause les accords avec l’UE. En effet, la dénonciation par le peuple des accords de libre circulation des personnes, signés en 2002 entre Berne et Bruxelles, active une « clause guillotine ». En d’autres termes, tous les accords bilatéraux peuvent (théoriquement) être remis en question. Cela va de l’importation du vin blanc d’Alsace dans la Confédération à la reconnaissance des diplômes universitaires, en passant par l’accès des banques suisses au marché européen, en contrepartie de l’abandon du secret bancaire. Sans oublier l’embauche des travailleurs étrangers.

Comité de rédaction Verspieren Benefits