Interview Alain Faignot sur les différents risques liés à l’expatriation

Les récents évènement politiques, survenus en Tunisie ou en Egypte, nous interrogent sur les responsabilités que nous avons, nous les professionnels (RRH, courtiers, assureurs, assisteurs, risques manager, directeurs financiers ), face à ces situations qui peuvent engager un processus vital pour les personnels des entreprises, en mission ou expatriés, avec leurs familles.

Aujourd’hui, ces situations sont politiques, mais il y a plusieurs mois, on parlait de risques sanitaires face aux pandémies que laissaient supposer l’apparition du Srasse ou plus récemment celle de la grippe aviaire.

Le point de vue de l’expert m’amène à distinguer plusieurs niveaux de risques face aux situations qu’ont connu les entreprises au cours de ces dernières années. Responsabilités morales, responsabilités matérielles face aux engagements qui avaient été pris, pour toutes les populations en mobilité internationale, très souvent accompagnées de leur famille avec des enfants très jeunes.

Le premier risque : la couverture santé et prévoyance.

Dans les programmes qui sont mis en place aujourd’hui par les spécialistes de la protection sociale internationale, aucun organisme assureur n’oppose des limites de couvertures ou des exclusions pour la prise de risque, au seul fait que telle région du monde est en conflit (guerre civile, émeute, révolution…).

Aujourd’hui, les étrangers qui doivent assurer des missions dans des pays comme l’Irak  ou l’Afghanistan sont couverts et les services leur sont rendus, autant que faire se peut.

Le deuxième risque : la protection des personnes et éventuellement des biens, en cas de troubles politiques.

Les grands assureurs de la place couvrent ces risques. Ils peuvent prendre en charge les frais exposés pour le retour dans le pays d’origine, tous les ressortissants étrangers présents lors de l’apparition d’un événement dit conflictuel et également la perte des biens et effets personnels de ceux ci.

Cependant, ces contrats ne peuvent être actionnés que dans une circonstance bien précise : la décision politique d’un gouvernement d’un pays de faire rentrer tous ses ressortissants. Seule cette décision (assez rare : elle n’a pas été prise par le gouvernement français lors des 10 dernières années) permet d’activer la couverture d’assurance.

Le troisième risque : le risque économique pour l’entreprise.

Je connais le cas d’une entreprise française, qui lors de la déclaration de l’épidémie du Srasse en chine, avait pris immédiatement la décision de rapatrier ses personnels occidentaux laissant sur place plus d’un millier de personnel chinois. Les autorités chinoises ont considéré qu’il y avait eu abandon des salariés locaux et n’ont pas autorisé le retour des expatriés pour cette entreprise, une fois l’épidémie terminée.

L’exposition de ces trois risques amène une réflexion plus large sur le modèle d’organisation que les entreprises doivent concevoir pour faire face à ces « grands évènements « .

Aujourd’hui, très peu de structures de crises sont mises en place. Pourtant, elles permettent d’identifier immédiatement les « leaders «  :

- qui seront chargés, soit de la communication interne et ou externe

- qui seront reconnus comme les interlocuteurs privilégiés des salariés et de leurs familles ou leurs proches,

- qui auront autorité pour prendre des décisions politiques (on rapatrie notre personnel ) ou financière (on affrète un avion),

- qui seront reconnus comme les interlocuteurs privilégiés des professionnels, en charge de la gestion et du placement de ces risques.

Ce sont donc ces quelques réflexions qui peuvent amener à prendre conscience que face à la rapidité des diffusions d’informations par des sources parfois non vérifiées, des grands effets de panique peuvent être déclenchés.

Beaucoup de risques s’assurent, mais seule la concertation dans le calme et la sérénité permet de faire face avec les différents acteurs du marché aux situations imprévisibles et souvent délicates.

Source : Verspieren Benefits