Les patrons français expatriés à l’étranger

Les patrons français ont la côte à l’étranger ! Ces dernières années, nombre de nos patrons expatriés ont gagné leurs galons internationaux. Début mars 2010, Prudential, premier assureur britannique, a racheté les activités asiatiques de l’ancien n° 1 mondial du secteur, l’américain AIG (Aujourd’hui Metlife). Derrière ce « coup », il y a Tidjane Thiam, 47 ans. Depuis sa nomination, à la fin de 2009, ce Franco-Ivoirien est devenu l’un des patrons les plus en vus de la City. Comme lui, nombre de dirigeants made in France ont  su séduire les milieux d’affaires au-delà des limites de l’Hexagone. S’il est difficile de chiffrer le phénomène, il prend assurément de l’ampleur avec la mondialisation. « On rencontre de plus en plus de Français expatriés », pointe Sylvain Dhenin, vice-président chez CTPartners, cabinet de conseil en recrutement. Portés par la bonne réputation de l’enseignement français et détenteurs d’un capital sympathie assez élevé, certains font ainsi un joli bonhomme de chemin à l’étranger. Et le mouvement n’est pas près de s’arrêter. « Pour les jeunes, la dimension internationale est complètement intégrée, estime Me Laurence Avram-Diday, associée chez Ernst & Young Société d’avocats. Ils choisissent leur employeur de la même manière que leur formation, dans l’optique de partir à l’étranger.

La volonté de s’exporter

Elle se définit elle-même comme un « esprit sans frontières ». A tel point que son goût pour l’ailleurs confine à la « vocation ». Dominique Reiniche avait bien fait rire ses parents en leur demandant, pour son entrée en 6e, un abonnement à La Lettre de l’Unesco… « J’étais vraiment curieuse des autres cultures », sourit la présidente Europe de The Coca-Cola Company. Depuis dix-sept ans, elle gravit les échelons de la plus célèbre marque de sodas. « Ce poste est une forme d’aboutissement », soutient cette femme de tête, qui consacre une partie de son temps à défendre les couleurs du groupe américain à Bruxelles.

Quelque chose que la France ne peut pas offrir

Un certain nombre de ces dirigeants tricolores ont également connu à l’étranger quelque chose que la France ne pouvait leur offrir. C’est le cas de Philippe Bourguignon, ancien d’Accor, d’Euro Disney et du Club Med, à présent vice-président de Revolution Resorts, société créée par Steve Case, le cofondateur d’AOL.  »J’avais un certain nombre d’idées qui n’ont intéressé personne en France », confie-t-il. Ce chef d’entreprise iconoclaste, qui n’a pas le tampon « grandes écoles », apprécie que le cursus universitaire ne soit pas un critère discriminant outre-Atlantique. « Si un Américain ne m’avait pas choisi pour travailler chez Disney, je n’aurais pas fait la carrière que j’ai faite, assure-t-il. « Aux Etats-Unis, on s’associe à vous pour vos compétences. »

Les atouts des Frenchis

Et nos compatriotes ont assurément des atouts à faire valoir. La french touch, c’est d’abord une culture et un héritage qui, souvent, fascinent. Alain Caparros, PDG de Rewe, géant de la distribution outre-Rhin, unique grand patron français en Allemagne, cet ancien d’Yves Rocher est persuadé que sa « touche latine » lui a permis de faire accepter certaines idées, notamment celle de faire ouvrir les magasins Rewe jusqu’à 22 heures – une révolution dans un pays où, jusqu’en 2003, la loi fixait la fermeture des portes à 18 h 30.

Se remettre en question

Accepter un poste à l’étranger, c’est se remettre en question, oublier ses certitudes, bousculer ses habitudes. Et faire quelques sacrifices personnels. « Les six premiers mois, je les ai passés à Newbury, l’ancien siège de Vodafone, à 100 km de Londres, raconte Michel Combes. J’avais quitté le VIe arrondissement de Paris, ma famille, mes amis pour vivre à l’hôtel. En plus, c’était l’hiver ! A ce moment-là, on se demande : mais pourquoi t’as fait ça ? Malgré cela, je ne regrette rien. » L’acclimatation n’est jamais évidente : il y a bien sûr le problème tout bête de la langue, et parfois celui des nouveaux collègues qui se demandent pourquoi diable on leur a préféré un Français…

Immanquablement, et aussi cosmopolites soient-ils, les « expats » prennent également de plein fouet le choc des cultures. Olivier Fleurot, ex-directeur de l’institution so british qu’est le Financial Times, a ainsi expérimenté ce qu’il appelle « le quiproquo permanent » entre Français et Anglais. En Asie, également, les règles sont particulièrement élaborées et pour le moins perturbantes : les Japonais se méfient des surprises et préparent à l’extrême les réunions, tandis que les Coréens « aiment déstabiliser en provoquant le conflit, la menace et l’intimidation », raconte Cédric Prouvé. Les dirigeants hexagonaux arrivent eux-mêmes avec leurs propres constructions mentales. « Un certain nombre d’entre eux n’ont pas conscience des particularismes de leur conception du management, relève Jean-Pierre Segal, professeur à l’Ecole des ponts et chaussées et chercheur au CNRS. Et les étrangers ne comprennent pas nos codes. » Dans un monde anglo-saxon qui ne jure que par le « process » et voue un culte au pragmatisme, la créativité à la française peut passer pour un manque d’organisation, le sens du dialogue pour un défaut de leadership…

S’inscrire dans un groupe international

Au final, ceux qui réussissent sont capables de gommer leur culture locale pour s’inscrire dans un groupe international. Même si, au travers de certains « clins d’oeil » – Michel Combes choisit toujours le vin, Bernard Mariette ne regarde que TV5 – ces leaders ont adopté une nouvelle nationalité : celle de leur société.  »A l’époque, je me sentais plus Quiksilver que Français », résume joliment Bernard Mariette. « Je travaillais avec 39 pays, chacun d’entre eux possèdait sa spécificité. Mais le chapeau commun, c’est la culture d’entreprise McDo », renchérit Denis Hennequin, ex.président Europe de McDonald’s. Un jour, l’un des dirigeants du groupe lui a dit : « Si ça ne marche pas avec McDonald’s, tu pourras toujours redevenir Français ». Savoureux, isn’t it ?

Source : extraits titrés de L’express.fr et Verspieren Benefits